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Adolescentes et mode : Repenser la question d’hypersexualisation

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Vendredi 8 avril 2016

Il y a une dizaine d’années, la chanteuse populaire Britney Spears a fait couler beaucoup d’encre en déclenchant une controverse au sujet des adolescentes qui imitaient sa façon dite ‘sexy’ de s’habiller.

Caroline Caron, une professeure au Département des sciences sociales à l’Université du Québec en Outaouais, a cherché à déconstruire le discours autour de la mode sexy chez les jeunes filles – en partie en donnant la parole aux adolescentes elles-mêmes.

Le résultat est un livre, Vues, mais non entendues : Les adolescentes québécoises et l’hypersexualisation, qui vient de recevoir le Prix du Canada 2016 en sciences sociales de la Fédération des sciences humaines.

Selon Mme Caron, il n’y a jamais eu de vrai débat autour de la tenue ‘sexy’ des adolescentes inspirée par Britney Spears, car tous les intervenants à l’époque étaient essentiellement d’accord pour la dénoncer.

« Il semble y avoir eu consensus, ce qui a mené à blâmer les adolescentes pour leur façon de s’habiller à l’école et les accuser d’être trop ‘sexy’ trop jeunes, dit-elle. On a blâmé les adolescentes et on n’a pas vraiment entendu des points de vue divergents ».

On n’a pas non plus parlé de la tenue vestimentaire des garçons. Or, à la même époque la grande mode chez les garçons consistait à porter des jeans amples qui descendaient si bas que leurs sous-vêtements étaient exposés.

La controverse autour des jeunes filles a pris une telle ampleur qu’on aurait même cru que l’hypersexualisation de la mode chez ce groupe était généralisée. Mme Caron affirme qu’elle ne l’a jamais été.

Il est normal que les jeunes filles de cet âge cherchent à s’exprimer à travers leur choix de vêtements. Et à l’encontre des adultes qui tendent à croire qu’il n’y a qu’une seule signification à un style vestimentaire, des études révèlent plutôt que le style vestimentaire est multidimensionnel et que sa signification, comme son décodage, est instable.

Par contre, Mme Caron croit que la controverse autour des vêtements ‘sexy’ a été plus forte au Québec qu’ailleurs, car c’est seulement au Québec où on a parlé d’hypersexualisation. Cela tient, dit-elle, du fait que la société québécoise est très sensibilisée à l’idée d’égalité homme-femme. Et que pour les experts et le mouvement féministe, la mode ‘sexy’ chez les adolescentes est perçue comme un recul par rapport aux acquis.

Mme Caron croit qu’il faut aller plus loin que simplement critiquer la façon de s’habiller des adolescentes, et c’est ce qu’elle a voulu faire. En interviewant plusieurs jeunes filles, elle voulait donner la parole aux adolescentes concernées. Elle dit avoir appris que les 

adolescentes ont plusieurs points de vue différents quant à la mode, et qu’elles sont capables de faire preuve d’un sens critique.

Par exemple, elle raconte une discussion entre un groupe d’adolescentes où il est question d’uniformes dans les écoles. Une intervenante affirme que « même avec un uniforme, tu peux être sexy pareil », tandis qu’une autre note que si les jeunes filles adoptent l’uniforme, n’ont pas la possibilité de magasiner des vêtements décents et de développer le sens de l’autocritique.

En fait, dit Mme Caron, la controverse autour de l’hypersexualisation de la mode chez les adolescentes ne se serait pas déroulé de la même façon s’il avait eu lieu aujourd’hui. C’est que depuis 2007 les médias sociaux ont pris une telle ampleur que les adolescentes seraient entendues. Et déjà aujourd’hui elles s’expriment et revendiquent le droit de s’habiller comme elles le veulent.

Caroline Caron est professeure au Département des sciences sociales à l’Université du Québec en Outaouais. Elle est l’auteure de Vues, mais non entendues : Les adolescentes québécoises et l’hypersexualisation, qui est publié par les Presses de l’Université Laval.

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