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Adrien Arcand et la propagande antisémite

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Mardi 6 mai 2014

Prix du Canada

Par Daniel Drolet

Les chemises bleues : Adrien Arcand, journaliste antisémite canadien-français

Le journaliste canadien Adrien Arcand aurait largement contribué à la montée internationale du négationnisme, le mouvement qui remet en cause l’Holocauste.

En fait, selon Hugues Théorêt, auteur du livre Les chemises bleues : Adrien Arcand, journaliste antisémite canadien-français, Arcand a été le mentor du négationniste canado-allemand Ernst Zundel.

M. Théorêt, un doctorant en histoire à l’Université d’Ottawa, vient de recevoir le Prix du Canada 2014 en sciences sociales de la Fédération des sciences humaines pour son livre, qui offre une analyse du discours antisémite d’Arcand, un journaliste et homme politique qui a vécu de 1899 à 1967.

« L’importance d’Arcand n’est pas l’importance de son parti fasciste, affirme M. Théorêt, mais l’importance de son discours antisémite et le rôle qu’il a joué dans la diffusion de l’antisémitisme et de la littérature haineuse au Canada et dans le monde ».

L’antisémitisme a connu un essor au Québec durant les années 1930.

Selon M. Théorêt, cet antisémitisme est né de la crise économique de l’époque et du fait que les Juifs québécois et les Canadiens-français occupaient les mêmes secteurs de l’économie, c’est-à-dire la main d’œuvre non qualifiée, les professions libérales et le commerce du détail. Ils étaient donc en compétition.

En 1929 le gouvernement provincial présente un projet de loi pour créer une commission scolaire juive à Montréal. Le projet aurait, selon M. Théorêt, servi de bougie d’allumage à l’antisémitisme au Québec.

Arcand, un journaliste, en est devenu l’apôtre en diffusant dans ses journaux Les Protocoles des sages de Sion, un document qui prétend exposer un complot juif pour la domination mondiale.

« C’était un antisémitisme de plume, note M. Théorêt, où on utilisait des écrits pour défendre la théorie du complot des Juifs. Tout ce qui allait mal à Montréal à l’époque devenait la faute des Juifs ».

En 1937 le pape Pie XI dénonce le paganisme nazi. Arcand, profondément croyant, abandonne alors les symboles du fascisme. Interné durant la Deuxième Guerre mondiale, il poursuit ses activités après la guerre en axant son antisémitisme sur la lutte contre le communisme.

Entre autres, il commence à nier le génocide des Juifs en Allemagne durant la Deuxième Guerre mondiale, et devient un des premiers défenseurs d’Adolf Eichmann, un Nazi capturé en Argentine en 1960 et exécuté en Israël en 1962 après un procès très médiatisé.

Sa réputation lui attire des disciples et Arcand, selon M. Théorêt, est devenu le mentor d’Ernst Zundel, qui a dit de lui : « Il a fait de moi un Allemand ».

M. Théorêt a réussi à interviewer Zundel dans le cadre de ses recherches.

Même s’il croit qu’Arcand a beaucoup influencé la pensée négationniste au départ, M. Théorêt croit qu’il a très peu d’influence aujourd’hui.

« Le Québec est une société très tolérante qui a évolué avec ses immigrants, dit-il. Même avant la Révolution tranquille, Adrien Arcand était passé date ».

 

Hugues Théorêt détient un baccalauréat et une maîtrise en histoire et poursuit des études doctorales en histoire à l’Université d’Ottawa. Les chemises bleues : Adrien Arcand, journaliste antisémite canadien-français est publié par Les éditions du Septentrion.