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Le baseball, élément rassembleur dans les Amériques

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Jeudi 21 mars 2013

Michel Nareau aime la littérature, l’étude des identités américaines – et le baseball.

Dans un nouveau livre, le lauréat du Prix du Canada 2013 en sciences humaines pour un ouvrage en français arrive à conjuguer ses passions.

Double jeu : Baseball et littératures américaines nous montre comment le baseball arrive à traduire des thèmes communs à plusieurs pays des Amériques.

Le baseball est un sport américain à ses origines qui a pris racine au Canada, dans les Caraïbes et dans certains pays d’Amérique latine – généralement les pays où, au 19e siècle, les élites envoyaient leurs enfants étudier aux États-Unis plutôt qu’en Europe, explique M. Nareau. Il est donc joué dans des pays francophones, anglophones et hispanophones.

M. Nareau note que le baseball n’a pas été imposé par les Américains – il a été librement choisi par ceux qui l’ont adopté.

Et cette adoption a parfois eu, par le passé, une dimension politique. Au 19e siècle à Cuba, par exemple, les partisans de l’indépendance de l’île, à ce moment-là une possession espagnole, étaient des grands amateurs de baseball, qui représentait pour eux la cassure avec les valeurs espagnoles.

« C’est quelque chose qui s’est produit à travers les Amériques, affirme M. Nareau. L’intérêt de ma thèse, c’est de sortir le baseball des États-Unis ».

M. Nareau, qui s’intéresse à la littérature et aux comparaisons qui peuvent se faire entre les littératures des Amériques, a donc analysé huit romans issus des différents espaces culturels des Amériques où le baseball fait partie de la culture locale. Les romans sont écrits en français, en anglais ou en espagnol. Il tente de comprendre par cette analyse comment le baseball a influencé les cultures où il s’est implanté.

M. Nareau arrive à la conclusion que l’influence se fait sentir sous trois angles.

Premièrement, le baseball sert de « jardin transitoire » entre le chez-soi et les grands espaces qui sont le propre des Amériques.

Tous les pays de notre hémisphère vivent une tension entre le repli sur soi-même et l’ouverture à l’autre, explique-t-il. « Le baseball, dans le texte, devient un symbole qui tente de combler la tension entre les deux ».

Le baseball sert aussi à créer, par ses rituels, un rapport au passé et un sens de continuité historique. Le baseball est, selon M. Nareau, une façon de s’approprier le passé, car il change peu au fil du temps – ou du moins, c’est ce que croient ses partisans.

Troisièmement, le baseball devient un point de référence commun pour des personnes de cultures différentes.

« Grâce au baseball, on peut faire dialoguer les littératures des Amériques, explique M. Nareau. Il y a vraiment cette idée que grâce au baseball, on peut créer des contacts entre les communautés ».

Reconnaître la contribution du baseball à différentes cultures, et comprendre comment il sert de point de référence pour plusieurs communautés différentes, c’est aussi reconnaître que la valeur baseball dépasse le simple jeu.

En fait, affirme M. Nareau, c’est en reconnaissant ses effets sur la culture que le baseball obtient ses lettres de noblesse.

Michel Nareau est Professeur adjoint au Département d’études françaises du Collège militaire royal du Canada. Son livre Double jeu : Baseball et littératures américaines est publié par Le Quartanier.

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