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Le vodou haïtien : un système de soins

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Vendredi 22 mars 2013

Dans la culture populaire en Occident, parler de vodou, c’est parler de zombis, de sorciers et de poupées dans lesquelles on plante des épines.

Mais alors que certains y voient une religion d’origine africaine – ou simplement de la sorcellerie – Nicolas Vonarx y voit un système de soins, une forme de médecine qui a sa place dans le monde.

Vonarx s’explique dans Le vodou haïtien : Entre médecine, magie et religion, le livre qui lui a mérité le Prix du Canada 2013 en sciences sociales.

« Médecine, magie et religion – ces trois mots sont très importants quand vient le temps de comprendre le vodou haïtien, » note Vonarx. « Le livre insiste sur le premier mot : médecine. »

Formé en santé publique, Vonarx a travaillé en Haïti avec un organisme d’aide internationale. Il a appris à connaître le pays, ses habitants et sa culture.

Quand il a vu que le vodou jouait un rôle dans la médecine populaire au pays, il a cherché le comprendre en parlant à des praticiens du vodou et en décrivant leurs pratiques. (Il n’y avait jamais eu auparavant une description des pratiques de vodou. « C’était une carence majeure » affirme-t-il.)

Il a découvert un système bien organisé et structuré, avec beaucoup de détail et de finesse.

Le vodou, explique-t-il, a plusieurs forces en tant que médecine.

Il est d’abord accessible.

« Le vodou existe là où il n’y a pas toujours de recours aux soins. dit-il Il est présent partout, alors que la médecine occidentale est souvent absente. »

Le vodou, explique-t-il, n’intervient pas sur le corps, mais sur la présence de la personne dans le monde haïtien – un monde qui comprend famille, voisins et aussi ancêtres. Il est donc aussi accessible culturellement aux Haïtiens : Ceux-ci comprennent facilement l’interprétation de la maladie que leur donne le vodou.

Cette explication fait inter-réagir médecine, magie et religion. Car s’il y a dans le vodou la quête de guérison, il y a également la quête de sens.

En donnant un sens à leur maladie, explique Vonarx, le vodou donne aux Haïtiens l’impression d’avoir un certain contrôle sur leur vie – dans un contexte et un pays où ils n’ont pas souvent l’impression de contrôler grand-chose.

Est-ce que le vodou marche comme système de soins?

Certaines personnes soignées par le vodou disent avoir été guéris, affirme M. Vonarx. Et pour certains, la quête de santé ne tient pas dans l’effacement des symptômes physiques mais dans la recherche de quelque chose de spirituel.

En fait, dit-il, le vodou ouvre des portes aux multiples aspects de ce que nous sommes.

« Il démontre que nous ne pouvons pas considérer que nous sommes simplement les possesseurs d’un corps. Nous avons des aspects spirituels qui doivent être adressés.

« Voilà la leçon du vodou – nous amener à voir que nous sommes bien plus qu’un corps ».

Nicolas Vonarx est Directeur du programme de doctorat en santé communautaire et professeur agrégé à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval. Le vodou haïtien : Entre médecine, magie et religion est publié par Les Presses de l’Université Laval.

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