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L’empathie est à l’origine de tout changement concret mais cela ne suffit pas

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Jeudi 8 juin 2017

Blogue par Caleb Snider, blogeur Congrès 2017

Selon les panélistes présents à la conférence du Congrès intitulée « En terre autochtone : empathie et justice sociale », la mise en place et les résultats de la Commission de témoignage et réconciliation du Canada n’est que la première étape incomplète de réduction des injustices qui tourmentent le Canada d’hier et d’aujourd’hui.

Pour la Professeure Joanna Quinn (Western University), la réconciliation est l’intersection de l’empathie et de la justice et la découverte ou la redécouverte de faits relatifs aux abus flagrants des droits de la personne. Néanmoins, des exemples passés démontrent que les sociétés qui se sont relevées de tels traumatismes n’ont pas immédiatement mis sur pied des commissions de vérité mais sont habituellement réticentes, voire ouvertement hostiles, à de tels processus. Comment la population peut-elle alors être sensibilisée au dévoilement de ces vérités et aux souffrances des autres? Selon Quinn, le « terreau » d’une société post-conflictuelle doit être « réformé » pour laisser place à la réconciliation et à une justice de transition grâce à ce qu’elle appelle la « légère sympathie » pour autrui : une compréhension basique de la manière dont les autres vivent, de ce qui leur est arrivé et une simple reconnaissance de leur humanité. Néanmoins, la légère sympathie n’est que l’avant-garde de la compréhension, le mouvement initial qui générera la « sympathie profonde » et finalement l’empathie. Le processus de réconciliation requiert au minimum une légère sympathie de nos élus et, sans une combinaison d’empathie chez nos leaders et de sympathie légère au sein de la majorité de la population, la réconciliation ne sera pas au rendez-vous.

As an Indigenous academic and a constitutional scholar, Professor Kiera Ladner (University of Manitoba) brought unique and deep insight to the panel. She pointed out that reconciliation needs to move beyond empathy to concrete action. While current reconciliation programs in countries like Canada and Australia—where Ladner has worked for the last seven years on constitutional reform—focus on relatively narrow elements of endemic injustice, these efforts need to be refocused on the issues that really matter to Indigenous peoples: land, sovereignty and self-determination. According to Ladner, Indigenous peoples don’t want “one big hug” as part of a nation building process. Instead, the very notion of the “Aboriginal problem” needs to be flipped on its head: it is not an issue of Indigenous peoples needing to reconcile with Canada, but an issue of non-Indigenous Canadians needing to learn our nation’s true history and find out what it means to live on Indigenous lands. All Canadians need a greater understanding of Indigenous law and what it means to live under treaty law and as a treaty people.

En tant qu’universitaire autochtone et spécialiste du droit constitutionnel, la Professeure Kiera Ladner (University of Manitoba) a livré une vision unique et approfondie aux membres du panel. Elle a souligné le fait que la réconciliation devait passer outre l’empathie pour aboutir à des actions concrètes. Tandis que les programmes de réconciliation actuels des pays tels que le Canada et l’Australie – où Ladner a travaillé ces sept dernières années sur la réforme constitutionnelle – mettent l’accent sur des éléments relativement étroits de l’injustice endémique, ces efforts devraient se concentrer davantage sur des questions qui importent réellement aux Autochtones : le sol, la souveraineté et l’auto-détermination. Selon Ladner, le peuple autochtone ne veut pas d’ « un gros câlin » dans le processus de construction de la nation. Toute la question aborigène doit être retournée : le problème n’est pas que les peuples autochtones doivent se réconcilier avec le Canada mais que les Canadiens non-autochtones apprennent la vraie histoire de notre nation et découvrent la signification de la vie sur des terres autochtones. Tous les Canadiens doivent comprendre davantage le droit autochtone, le droit des traités et la vie en tant que personne visée par ces traités.

Le sociologue et Professeur Fuyuki Kurasawa (York University) a proposé une taxonomie de trois missions menant à la réconciliation: souvenir et commémoration, acceptation et prise en charge des responsabilités, justice en tant que processus de décolonisation. Il a également souligné le fait que le processus de réconciliation au Canada était collectivement asymétrique. Les Canadiens non-autochtones ne peuvent pas déterminer si la réconciliation est devenue réalité ou en exiger son acceptation par les Autochtones : ce droit doit être cédé aux victimes d’injustice et de violence systémiques. Il a fait remarquer que la réconciliation était un processus relationnel continu qui peut toujours échouer et qu’aucune demi-mesure ou raccourci n’était permis.

Les trois panélistes ont souligné que la compréhension et l’éducation étaient d’importantes premières étapes vers la voie de la réconciliation et de la réforme mais qu’elles ne restaient que des premières étapes. Le vrai changement ne peut se produire que si la justice engendre des mesures concrètes.

Les Professeurs Joanna Quinn, Kiera Ladner et Fuyuki Kurasawa ont participé à une conférence intitulée « En terre autochtone : empathie et justice sociale » au Congrès 2017 à la Ryerson University, organisée par le Collège de nouveaux chercheurs, créateurs en art et en science de la Société royale du Canada.

 

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