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Un appel à la responsabilisation des services de renseignement canadiens

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Mercredi 20 mars 2013

C’est un projet très ambitieux que d’écrire l’histoire des services de renseignement au Canada – au point où personne n’avait jusqu’ici eu le courage de le faire, explique Reg Whitaker, qui avec deux collègues vient de rédiger le premier livre qui trace l’histoire de la « police politique » au pays.

Secret Service: Political Policing in Canada from the Fenians to Fortress America, qui examine les activités des services policiers et de renseignement depuis 150 ans (il est notamment question d’agences telles la GRC et le SCRS, le Service canadien du renseignement de sécurité), sort donc des sentiers battus. Et ce faisant, il se mérite cette année le Prix du Canada en sciences sociales de la Fédération canadienne des sciences humaines pour un ouvrage en anglais.

M. Whitaker, qui a rédigé le livre avec Gregory S. Kealey et Andrew Parnaby, explique qu’il peut être difficile, dans une démocratie libérale, de distinguer entre les éléments acceptés de la « police politique », qui tournent autour du besoin évident de sécurité nationale et publique, et les éléments qui soulèvent la controverse.

« Ces agences sont nécessaires », affirme M. Whitaker, qui explique les actes terroristes des dernières années, allant du World Trade Center à New-York à la bombe qui a détruit l’avion Air India, en sont la preuve.

Mais comme les services de renseignement fonctionnent clandestinement, il est d’autant plus important qu’ils répondent publiquement de leurs gestes.

« Malheureusement, il y a depuis quelques années d’énormes lacunes à cet égard, affirme M. Whitaker. Ces agences fonctionnent dans la clandestinité et n’aiment pas qu’on braque les projecteurs sur leurs activités ».

Les auteurs affirment que le Canada, contrairement à d’autres démocraties occidentales, a souvent dirigé ses activités de renseignement vers ses propres citoyens.

Un des événements marquants de l’histoire récente, du point de vue sécurité domestique, est sans aucun doute la Crise d’octobre, en 1970. Pour répondre à l’enlèvement d’un diplomate britannique et du ministre du travail du gouvernement québécois par des membres du FLQ (Front de libération du Québec), le gouvernement fédéral a fait appel aux forces militaires et invoqué la Loi de mesures de guerre, qui suspendait les droits civils.

M. Whitaker dit qu’il y avait jusqu’ici été accepté que l’application de la Loi des mesures de guerre était justifiée parce que le gouvernement ne pouvait pas se fier aux renseignements que lui fournissait la GRC.

« Dans les faits, il s’avère que leurs renseignements étaient assez bons, dit M. Whitaker. Ce qui tend à appuyer la thèse voulant que le gouvernement, en appliquant la Loi des mesures de guerre, est allé beaucoup trop loin – et a peut-être aggravé la situation ».

Selon M. Whitaker, les Canadiens sont souvent très partagés quant à leur opinion sur nos services de renseignement.

D’une part il y a ceux qui voient partout des complots et qui croient que le gouvernement veut tout garder secret; à l’autre extrême, on trouve ceux qui pensent que nos services de renseignement sont incompétents.

La vérité, dit-il, se trouve quelque part au milieu.

Reg Whitaker est un professeur distingué émérite au Département de Sciences politiques à l’Université York, et un professeur adjoint en sciences politiques à l’Université de Victoria. Gregory S. Kealey est vice-recteur à la recherche et professeur d’histoire à l’Université du Nouveau-Brunswick. Andrew Parnaby est un professeur agrégé au Département d’Histoire à l’Université du Cap-Breton. Secret Service: Political Policing in Canada from the Fenians to Fortress America est publié par University of Toronto Press.

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